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Union Fan's Bordeaux HBC

Le site des supporters du handball haut niveau masculin sur la métropole de Bordeaux

Xavier Chaumel, ou le noble art(isan)

On connaît Xavier Chaumel à travers les interviews d'après matchs ou les comptes rendus qu'il rédige à l'attention des supporters. On devine un homme lucide, fin dans l'analyse et sans concession .... Xavier à travers ce blog nous fait la joie de se dévoiler, nous donne quelques renseignements d'ordre privé, quelques informations sur son parcours sportif et surtout nous livre sa vision sur le handball, sur son handball et ce qui touche de loin ou de près à sa relation avec les joueurs, ses axes de motivation.

***

Union fan's : bonjour Xavier, cela va faire un peu interrogatoire mais peux-tu te présenter brièvement ?

Xavier Chaumel : Je m'appelle Xavier Chaumel je suis né à Talence et j'ai 54 ans. Je suis cadre A de la fonction publique territoriale et occupe un poste de Chargé de Mission du  Développement et de l'Animation des Politiques Éducatives et Sociales à la ville de Floirac. Je suis l'aîné d'une famille de trois enfants, fils d'une assistante sociale et d'un professeur de mathématiques et cela explique sans doute pourquoi j'ai toujours été attiré par la pédagogie et par les sciences humaines et sociales. J'ai moi-même trois enfants, un fils de 35 ans qui vit au Maroc (Pays de ma femme et de ma belle-famille) avec sa femme et sa petite fille et deux filles de 27 et 24 ans qui finissent leurs études supérieures.

UF : Quelles son tes passions, tes gouts, tes hobbies en dehors du handball biensûr ?

XC : En ce qui concerne mes loisirs j'ai des goûts très éclectiques, théâtre, cinéma, opéra.... Le goût pour la musique classique me vient de mon père. Je garde un souvenir inoubliable de la flûte enchantée de Mozart à l'Opéra National de Bordeaux. Ce que j'apprécie avant tout, c'est la découverte d'univers nouveaux en étant guidé par des amis connaisseurs de ces univers. Par l'intermédiaire d'un ami d'un ami, j'ai eu la chance de découvrir l'envers du décor d'un restaurant étoilé, la vie intense en cuisine, toutes ces toques qui s'activent, comme dans un ballet finalement d'une précision rare. Nous avons finalement achevé cette visite dans une petite pièce en marge de la cuisine, où nous avons eu le privilège de déguster quelques mises en bouche et petits plats concoctés savamment tout en écoutant le chef nous raconter l'histoire, l'origine de ses produits fétiches. Il avait fini par nous avouer qu'il n'avait jamais pu reproduire la garbure de sa grand-mère. Un merveilleux moment de découverte.

UF : Pour revenir plus particulièrement au sport ?

XC : Plus que le handball, j'ai une passion particulière pour la boxe que j'ai pratiquée au niveau amateur (17 combats , 14 victoires dont 11 avant la limite et 3 défaites). Je m'entraîne encore assidûment à raison de deux séances hebdomadaires.

UF : Et le handball alors ?

XC : J'ai commencé le handball relativement tard, à 16 ans, au Bordeaux Etudiants Club (BEC) directement en équipe espoirs puis l'année suivante en intégrant l'équipe première qui évoluait à ce moment-là au niveau qui correspond à la N1 d'aujourd'hui (note du rédacteur : En 1942, Nelson Paillou, futur président de la FFHB et du CNOSF, fonde la section handball du BEC dont la section féminine a été plusieurs fois championne de France entre 1956 et 1962) . J'ai de suite aimé l'ambiance particulière de ce club historique, familial et festif où les valeurs de solidarité et d'entraide s'exprimaient au quotidien notamment à travers l'accompagnement des anciens vis-à-vis des jeunes. C'est aussi là que j'ai eu la chance de côtoyer des enseignants, des éducateurs et des entraîneurs à la fois techniciens et pédagogues qui m'ont permis non seulement d'évoluer rapidement au meilleur niveau de jeu bordelais amateur de l'époque mais surtout de m'intéresser à la connaissance même de l'activité handball. Je dois beaucoup à ces personnes le fait d'être entraîneur aujourd'hui.

UF : tu as donc franchi le rubicon rapidement ?

XC : oui effectivement, je me suis intéressé à l'entraînement très tôt, en parallèle de ma carrière de joueur. Mais je n'ai vraiment occupé cette fonction à titre principal qu'à partir de 1995 soit aujourd'hui 25 saisons sportives dans trois clubs : Lormont, Libourne et Floirac (et l'Union). A la clé, 12 accessions, un titre de champion de France (Nationale 3 en 2003 avec Libourne) et un titre de vice champion de France ainsi que le meilleur parcours d'une équipe de N3 avec l'élimination de 2 clubs de N1 et d'un club de Pro D2.

UF : Au delà des résultats sportifs, qu'est-ce qui peut caractériser ton passage dans ces clubs ?

XC : Je reste très attaché à ces victoires sur le parquet mais ce dont je suis le plus fier, c'est d'une part, d'être arrivé dans des clubs où il y avait beaucoup à construire, d'avoir à chaque fois galérer une parfois deux saisons pour finalement les amener à un niveau de jeu bien supérieur à celui qui existait avant mon arrivée. Ces rencontres humaines autour de projets ont toujours été déterminantes dans mes choix handballistiques. D'autre part, mon plaisir était aussi de travailler avec des joueurs qui n'avaient soi-disant pas les qualités nécessaires pour être retenus au pôle mais dont je pensais soit que c'était une erreur, soit qu'il pouvait devenir de très bons joueurs de niveau National. De par leur palmarès et leur niveau de jeu, je pense pouvoir citer une quinzaine de joueurs sur qui personne n'aurait misé au moment où nous nous sommes rencontrés et qui ont par la suite fait les beaux jours des clubs que j'ai entraînés... et d'autres clubs de la région ! Encore aujourd'hui, je tiens à dire que je travaille avec  certains joueurs non retenus par le pôle mais qui je pense, deviendront dans les trois ou quatre années à venir des joueurs majeurs de niveau national.

 

 

UF : Pour changer et parler un peu ... de handball, quelle est ta vision de ce sport ?

XC : Pour moi le handball est avant tout à la fois un outil pédagogique qui permet de construire les hommes et les joueurs de demain, et à la fois un prétexte pour vivre et partager des moments ensembles. En tant qu'entraineur, je me considère donc avant tout comme un éducateur et seulement ensuite comme un technicien. Ce qui m'intéresse surtout c'est la capacité que nous avons tous ensemble de construire une identité et un projet de jeu identifiable, commune et partagée. Mon rôle principal est de fédérer, et en tant que manager, chaque week-end, de conduire l'équipe et donner les clés aux joueurs c'est à dire la stratégie pour imposer notre identité de jeu à nos adversaires. Finalement avant de parler à mes équipes de victoires, je leur parle de comportements et de contenus de jeu... Mais je constate que les victoires que nous construisons chaque saison depuis maintenant 25 ans en sont bien évidemment la conséquence.

UF : Ces fondements supposent une certaine maturité de l'équipe ?

XC : C'est pour cela que dans mon choix du capitanat, j'ai toujours privilégié d'une part, des joueurs exemplaires sur le plan des comportements, et d'autre part qui pouvaient être un vrai contre-pouvoir. Ce qui m'intéresse ce n'est pas d'avoir des petits soldats qui reproduisent un discours mais bien des personnes qui s'approprient ce discours et amènent leurs plus-values et celles de leurs coéquipiers, quitte à ce que l'on se confronte par moments.

UF : On évoquait l'identité de jeu de tes équipes, est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sans dévoiler tous tes secrets ?

XC : Sur le plan de l'identité de notre jeu justement, j'ai fait un parallèle entre ma pratique de la boxe et les nouvelles règles concernant les possibilités de l'utilisation du grand espace de ces dernières années. Je sais que dans les sports d'affrontement, lorsque nous sommes moins forts physiquement que l'adversaire, la première qualité que l'on peut lui opposer, c'est la vitesse ; en boxe par exemple, la vitesse et la précision technique peut rivaliser voire s'imposer à la force et à la puissance brute : j'ai donc essayé de construire une identité de jeu, peut-être un peu innovante, basée sur des défenses " joueuses " plus que "destructrices" avec une utilisation maximale du grand espace de manière à pouvoir rivaliser avec des équipes plus fortes physiquement et plus puissantes.

UF : C'est usant non ? Cela peut fonctionner sur toute une saison ?

XC : Ce type de projet de jeu demande des joueurs performants sur le plan des comportements et préparés physiquement sur le plan physiologique. Et il est évident que pour durer toute une saison nous devons être en mesure de le pratiquer avec un groupe élargi de 15 ou 16 joueurs avec des temps de jeu souvent partagés plus que dans les autres équipes. C'est la raison pour laquelle, je n'ai pas ce que l'on peut appeler un 7 majeur et que j'essaie dans la mesure du possible d'intégrer l'ensemble de mes joueurs au projet. À l'échelle d'une saison, un joueur qui peut souffrir de peu d'utilisation à un moment donné, peut-être le joueur déterminant quelques semaines plus tard. Ce type de management à mon avis sera de plus en plus présent dans l'avenir au regard de l'évolution du handball et du niveau de préparation des joueurs avec un enchaînement de tâches et une vitesse qui n'ont plus rien à voir avec le handball des années 80 ou 90. Dans les savoirs-faire individuels d'ailleurs, les joueurs de niveau national amateur d'aujourd'hui sont aussi performants que les joueurs Pro de D1 d'il y a 20 ans et une bonne équipe de National 3 d'aujourd'hui gagnerait sans aucun problème une équipe de National 1 d'il y a 20 ans... C'est dire l'évolution de notre sport !

UF : j'ai toujours été intrigué par le fait que tu portes systématiquement un go pro lors des matchs, tu as eu des soucis avec le corps arbitral ?

... Non pas du tout, cela n'a rien à voir avec mes relations avec les arbitres ... Je travaille beaucoup avec la video, c'est essentiel et les progrès techniques permettent d'utiliser très facilement ces caméras. Le manque de bénévoles implique aussi que je doive gérer directement l'enregistrement vidéo de nos rencontres. cette assistance technique me permet d'abord avec les joueurs de revenir sur les matchs, d'évoquer les consignes que j'ai pu donner à certains moments et voir avec eux comment ils ont réagi, si notamment, ils ont eu le comportement adéquat et le cas échéant repréciser qu'elles étaient mes attentes. Ensuite, lors des entraînements, notamment le lundi avec les plus jeunes, c'est un outil qui m'aide à travailler avec eux la technique individuelle. c'est vraiment fondamental pour moi.

UF : Xavier, on a parlé du passé, de ton parcours, du jeu, de ta relation avec les joueurs, comment as-tu vécu la naissance de l'Union ?

XC : L'Union Bordeaux Bastide Floirac Cenon handball a été créée il y a 3 ans en 2016 pour les équipes 1, réserve et moins de 18 conposées donc de joueurs issus des Club des Girondins de Bordeaux Bastide et de Floirac Cenon Handball. Il s'agissait de la part des dirigeants, de la traduction concrète de la volonté de ses clubs d'unir leurs compétences tout en gardant leur côté identitaire autour d'un projet social d'accueil de nos publics de la rive droite et sportif centré sur une identité de jeu et la formation de jeunes joueurs.

UF : Fondre deux collectifs de nationale 2 en un collectif unique, n'a certainement pas été chose simple ?

XC : Le premier pas non valorisant mais nécessaire a consisté à rajeunir les collectifs quitte à être moins performant dans un premier temps et amorcer en parallèle la formation de nos jeunes joueurs en connectant notamment par des séances communes  l'équipe 1, l'équipe 2 et les moins de 18. Certes, il aurait été plus confortable  pour les résultats à très court terme de garder l'ossature de l'équipe de Floirac-Cenon mais nous souhaitions vraiment donner du sens à ce nouveau projet en gardant des profils de joueurs jeunes et en devenir. Car au lieu de nous retrouver aujourd'hui avec une équipe vieillissante et en régression, ce choix délibéré et assumé nous permet aujourd'hui sur le plan sportif de nous projeter dans une seconde phase de progression de ces 3 collectifs avec pour l'équipe 1 une accession en National 2 attendue. Si nous y arrivons à la fin de cette saison, nous pourrons envisager le troisième pas de la première phase de ce projet avec l'intégration de jeunes joueurs nouvellement formés au club dans le collectif 1, la pérennisation de cette équipe dans le haut de tableau de N2 et l'accession de l'équipe réserve au niveau Prénationale. La seconde phase de notre projet vise comme objectif sportif, la montée de l'équipe 1 en Nationale 1 et la pérennisation de cette équipe à ce niveau ainsi que la montée de l'équipe 2 en Nationale 3 et la pérennisation de cette équipe à ce niveau également. En ligne avec notre stratégie, l'équipe 1 de cette saison est composée de 19 joueurs dont 10 sont associés à ce nouveau projet sportif pour la 3e année et dont 12 sont issus de la formation des Club des Girondins et de Floirac-Cenon. Nous entamons aujourd'hui la 3ème saison ensemble avec la volonté de valider nos progrès par une accession en Nationale 2 à la fin de cette saison. Un recrutement a aussi été fait dans ce sens avec des joueurs plus expérimentés et venant d'un niveau supérieur à la Nationale 3, qui doivent nous apporter le petit plus qui nous a manqué la saison dernière pour réaliser cet objectif.

UF : la saison est encore longue et l'issue incertaine ...

XC : ... Une accession n'est jamais facile à obtenir, la difficulté sera accrue cette saison par la qualité de ce championnat notamment avec 6 équipes très homogènes dans le haut de tableau qui sont toutes en capacité de se classer dans les deux premières places. Force est de constater notre bon début de saison sur le plan comptable puisque nous n'avons concédé qu'une défaite à Limoges devant une équipe renforcée par des joueurs professionnels et un match nul à domicile contre Irissarry, une des équipes du haut de tableau de notre championnat qui comme nous est descendue en Nationale 3 il y a 2 ans et qui comme nous se donne les moyens de remonter en Nationale 2 cette saison. La dernière victoire à domicile contre Pau Nousty conjuguée à quelques pertes de points par nos adversaires directs nous ouvrent de belles perspectives mais j'attends de mon équipe qu'elle joue à son meilleur niveau avec plus de constance. Le déplacement à Orthez où toutes les équipes de haut de tableaux ont perdu, sera tout aussi difficile à aborder que ceux d'Aurillac et de Libourne et constituera un nouveau test de notre capacité à aborder les déplacements périlleux. C'est aussi cette constance dans les comportements et les contenus qui feront de nous une équipe solide, avec donc tous les atouts pour  monter en N2 mais aussi à plus long terme pour être en capacité d'être performant au niveau supérieur. Je fais d'ailleurs un parallèle aujourd'hui avec ce que j'ai réalisé avec le club de Libourne il y a 15 ans que j'ai amené en 5 ans de la N3 à la N1 et un titre de champion de France à la clé, avant d'être écarté par les dirigeants avec le déclin sportif qui en a découlé puisque ce club est aujourd'hui en N3 dans notre championnat. J'espère que nous saurons avoir la même réussite dans les 5 ans à venir et que nous pourrons inscrire par la suite ces résultats dans une continuité.

UF : Un grand merci Xavier pour le temps que tu as accordé à cet interview, j'espère que nous pourrons partager un grand moment de bonheur en fin de saison.
 

 

 

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